PERDRE DU POIDS SAINEMENT

Par Dre Stéphanie Léonard, psychologue


Lorsque perdre du poids n’est pas une option : les méthodes traditionnelles ne tiennent malheureusement pas la route !

 J’ai récemment été interpellée par un article paru le vendredi 25 mars dernier dans le journal The Gazette intitulé « The War Against Obesity »1. Cet article décrit le cas d’une jeune femme souffrant d’obésité ayant essayé une multitude de régimes amaigrissants sans succès. À l’âge de 24 ans, cette dernière pesait 320 livres. Quelques années plus tard, grâce à un suivi au Royal Victoria Hospital’s Metabolic Center (programme d’exercice physique supervisé, éducation nutritionnelle et gestion du stress), elle a perdu presque 100 livres. L’accès à un programme de prise en charge multidisciplinaire comme celui-là n’est malheureusement pas accessible pour la majorité des personnes aux prises avec un surplus de poids important.

Cet article me touche directement puisqu’une proportion considérable de ma clientèle souffre d’un surplus de poids important, associé à plusieurs conséquences graves pour la santé (diabète, haut taux de cholestérol, pression artérielle élevée, maux de genoux, problèmes de dos, mobilité réduite, etc.). Tout comme ces patients qui viennent me consulter ainsi que leur médecin, je ressens également un vif sentiment d’urgence. Ces personnes doivent perdre du poids et vite ! Leur santé en dépend.

Toutefois, l’inefficacité des régimes amaigrissants doit être prise en considération. Tout en étant sensible à la nécessité de perdre du poids chez certains, je ne vois pas l’avantage de perdre du poids rapidement pour le reprendre éventuellement et même plus, comme 95% des gens qui entreprennent un régime amaigrissant2. Sans oublier de mentionner qu’en ce qui a trait aux problèmes de santé associés au surplus de poids, nous ne sommes pas plus avancés si la perte de poids n’est que temporaire! Est-ce qu’il ne vaudrait pas la peine de se permettre d’être moins dans l’urgence en misant sur la durabilité de la perte de poids et le maintien des acquis ?

Le fait de mettre une personne au régime en lui prescrivant un programme alimentaire et d’exercice précis est sur papier une idée logique. Toutefois, appliquée sur des êtres humains complexes, nous sommes obligés de constater que cette stratégie ne tient pas la route ! Mais pourquoi ?

D’une part, physiologiquement, les régimes amaigrissants à répétition ont pour conséquence de dérégulariser nos signaux de faim et de satiété. Nous ne mangeons donc plus en réaction à la faim physiologique ou à la réelle envie d’un aliment mais plutôt en réaction à une multitude de facteurs extérieurs à nous-mêmes (l’heure, le contexte, le fait d’être en présence d’un aliment interdit, une frustration, etc.)

De plus, comme je l’ai déjà mentionné dans un article précédent3, notre poids n’est pas aussi malléable que l’on aimerait croire. En effet, une partie de notre poids est expliqué par notre bagage génétique ainsi que par notre métabolisme de base. Finalement, le corps réagit à la privation alimentaire en ralentissant le métabolisme et en faisant des réserves; le corps ne distingue pas la privation infligée par un régime amaigrissant de la réelle famine involontaire.

Au niveau psychologique, lorsqu’une personne suit un régime, le fait de calculer et de mesurer les aliments favorise les obsessions face à la nourriture. Penser constamment à la nourriture augmente la probabilité d’avoir envie de manger. De plus, l’interdit étant naturellement attrayant, la catégorie d’aliments qui devient « interdite » dans le cadre d’un régime devient problématique car il est théoriquement impossible d’éviter d’être exposé à un aliment 100% du temps. Finalement, dans le cadre des contraintes d’un régime, ce que j’appelle la « gestion » de son alimentation tend à devenir tout simplement aversive et dépourvue de plaisir (sauf lors des traditionnelles « tricheries »).

Au niveau émotionnel, la frustration liée à la privation alimentaire favorise le besoin d’avoir des moments de relâchement où manger librement devient notre soupape, notre façon de se réconforter et de se faire plaisir.

Convaincus de l’inefficacité des régimes amaigrissants, plusieurs se demanderont « alors, on fait quoi s’il est essentiel de perdre du poids? ». Ce qui semble être associé à une réelle et durable stabilisation du poids (à la baisse) est ce que l’on appelle le « intuitive eating ». Lorsqu’une personne retrouve ses signaux de faim et de satiété et les écoute ! Je dis bien retrouve car ces fonctions sont, à la base, intactes chez l’enfant. Plusieurs enfants viennent à perdre ces fonctions lorsque nous les forçons à manger même s’ils n’ont pas faim et lorsque nous leur interdisons l’accès à certains aliments.

L’objectif est donc de cesser de se baser sur des contraintes extérieures à nous-mêmes (régimes, règles strictes) dans la gestion de son alimentation. Ceci ne signifie toutefois pas manger ce que l’on veut quand on le veut ! Comme l’explique si bien Judith Matz dans son article « Recipe For Life »4, c’est plutôt de manger lorsque l’on a faim, manger des aliments que l’on a réellement envie de manger et cesser de manger lorsque nous atteignons la satiété.

Concrètement, dans le but de stabiliser le poids à la baisse, les notions suivantes doivent être abordées : (1) s’assurer que ses notions nutritionnelles de bases soient adéquates. Sans nécessairement suivre des règles comme dans le cadre d’un régime, il nous faut des lignes directrices afin de consommer tout ce que notre corps a besoin pour bien fonctionner physiquement, psychologiquement et cognitivement; (2) structurer ses habitudes alimentaires, telles l’horaire des prises alimentaires, les composantes des repas et collations, manger avec un débit raisonnable, éviter de manger dans la voiture ou en faisant une autre activité ainsi que démystifier les interdits; (3) réintégrer la notion de plaisir sans que celle-ci ne soit nécessairement associée à de grandes quantités et à des aliments interdits.

Selon moi, la même philosophie doit s’appliquer face à l’exercice physique. Dans une optique de perte de poids et d’une bonne hygiène de vie, il est évident que l’activité physique a un rôle déterminant. Il faut donc réussir à intégrer dans sa vie une forme d’activité physique axée sur le plaisir et le bien-être, ainsi que troquer l’intensité cardiovasculaire pour la constance et la régularité. L’idée d’un plan de conditionnement physique structuré dans le contexte d’un gymnase est également logique sur papier. Mais comme beaucoup pourront le valider, peu de personnes restent assidues à leurs sessions d’entraînement. Une fois l’euphorie des premières semaines estompée, l’abandon est quasi inévitable.

Je maintiens donc qu’autant pour les personnes pour qui perdre du poids n’est pas une option que pour toutes les autres qui le font pour des raisons esthétiques, les méthodes de perte de poids traditionnelles ne fonctionnent pas. J’ai constaté au fil des années, que les échecs répétés dans le cadre des régimes amaigrissants sont à la source d’une grande détresse physique, psychologique et émotive. Le sentiment d’urgence très réel de perdre du poids lorsque la santé d’une personne est compromise doit être pris au sérieux. De quelle manière ? Nous devons cesser de persister avec les méthodes que nous savons inefficaces et se tourner vers des stratégies d’intervention plus durables, profondes et, oui, moins rapide !

  1. http://www.montrealgazette.com/health/against+obesity/4506244/story.html
  2. Grodstein, F., Levine, C., Troy, L., Spencer, T., Colditz, G.A. et Stampfer, M.J. (1996). Three-year follow-up of participants in a commercial weight-loss program. Can you keep it off ? Archives of internal medicine, 156, 1302-1306.
  3. http://drestephanieleonard.com/articles/l%e2%80%99atteinte-de-la-minceur-est-elle-une-question-de-volonte-et-de-controle/
  4. Matz, J. (2011). Recipe for Life. Psychotherapy Networker. January/February issue.

Je remercie ma patiente Mylène d’avoir partagé avec moi l’article du Psychotherapy Networker.