WOMEN FOOD AND GOD

Par Dre Stéphanie Léonard, psychologue


Women Food and God : aperçu d’un ouvrage traitant des compulsions alimentaires et de l’obsession avec la nourriture.

Dans le cadre de ma pratique, je rencontre plusieurs personnes qui consultent pour un problème de compulsions alimentaires ou d’obsession avec l’alimentation. Ces personnes gèrent quotidiennement les difficultés suivantes : surplus et fluctuations de poids, régimes amaigrissants à répétition, obsessions avec la nourriture, faible estime de soi, humeur dépressive, ainsi que divers problèmes physiques associés. Pour bien des gens, la gestion de leur alimentation et de leur poids représente un échec et une obsession sans fin. Ils arrivent habituellement dans mon bureau découragés car ils ont l’impression d’avoir tout essayé. Je normalise et dédramatise leur sentiment d’échec en partageant avec eux les statistiques faisant état de l’inefficacité des régimes amaigrissants et du surcontrôle de son alimentation. J’ai alors fréquemment affaire à « que dois-je faire alors pour régler mon problème de poids ? ».

En fait, un problème de compulsion alimentaire ou d’obsession avec l’alimentation signifie habituellement que la relation avec l’alimentation est ce qu’il faut travailler. Il est évident que la dimension comportementale est importante et qu’un travail d’enseignement de notions liées à la structure alimentaire, les portions, la variété et le contexte doit être fait. Toutefois, des comportements alimentaires problématiques impliquent habituellement un travail qui abordera les enjeux psychologiques et émotionnels derrière de tels comportements. Ce genre de travail se fait habituellement dans le contexte d’un suivi en psychothérapie avec une personne spécialisée.

J’ai récemment lu un livre, Women Food and God, qui s’adresse aux personnes souffrant d’un problème de compulsion alimentaire ou d’obsession avec l’alimentation. L’auteure, Geneen Roth, en est à son huitième ouvrage sur le sujet. Elle offre des ateliers et des retraites depuis trente ans, écrit des chroniques pour plusieurs magazines et participe à diverses émissions de télévision dont récemment The Oprah Show. L’ouvrage n’a pas encore été traduit en français.

Malgré le fait que certains thèmes soient, à mon avis, abordés de façon quelque peu superficielle, plusieurs concepts sont bien vulgarisés et permettent de mieux comprendre certains des mécanismes derrière les compulsions alimentaires et la relation conflictuelle que plusieurs personnes entretiennent avec l’alimentation.

Vous connaissez sûrement l’expression commune « manger ses émotions ». C’est ce thème que l’auteure aborde, dans son deuxième chapitre, en adressant la fonction émotionnelle qu’ont les compulsions alimentaires. Elle explique que la compulsion alimentaire est fréquemment un moyen d’éviter de ressentir certaines émotions. C’est effectivement ce que je constate; pour plusieurs la compulsion a la fonction d’engourdir et de faire oublier… Mais malheureusement que pour une courte période de temps ! Conséquemment, ce n’est qu’en apprenant à faire face à ses émotions que l’on peu mettre fin à ce cercle vicieux qui maintient les compulsions.

J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteure pousse la réflexion plus loin en tentant d’expliquer de quelle façon l’on apprend à faire face à ses émotions. Malgré le fait que cette partie soit courte, elle reste précise dans sa description du processus. L’auteure met l’emphase sur se connecter au moment présent, ce qui favorise une meilleure détection des signaux de faim et de satiété, ainsi qu’une meilleure conscience de ses émotions. À mon avis, cette partie faisant référence à apprendre à se connecter au moment présent et à gérer ses émotions autrement qu’avec les compulsions, s’accomplit toutefois plus facilement dans le contexte d’un suivi psychologique. Je constate régulièrement que cette étape nécessite souvent que l’on aborde des thèmes qui vont au-delà de l’alimentation et du poids, comme l’estime de soi, l’affirmation de soi, le respect de ses limites et de ses besoins.

Dans le cadre de son onzième chapitre, l’auteure explique que selon elle il existe deux types de personnes qui font des compulsions : les « restrictors » et les « permitters ». Les « restrictors » sont ceux pour qui la privation procure une sensation de contrôle; contrôle sur leur corps, leurs émotions, leur souffrance, leur vie. Tenter de manger moins dans le but d’être plus mince devient alors sécurisant. À l’inverse, les « permittors » préfèrent l’évitement des règles et sont plutôt dans le déni. À l’aide de la nourriture, ils visent l’engourdissement émotionnel qui permet de ne pas ressentir leur souffrance et leurs émotions. L’auteure affirme que la plupart des gens qui font des compulsions sont un peu des deux. À mon avis, sans être exhaustive et scientifique, cette distinction met des mots sur des états et des processus vécus par plusieurs. Je crois donc que l’utilité de cette distinction réside dans le fait qu’elle puisse favoriser une prise de conscience de ses comportements et ouvrir la porte au changement.

Un dernier point que j’aimerais aborder est les « Eating Guidelines » proposés par l’auteure à la toute fin de son livre. Ce sont sept lignes directrices qui, selon elle, favoriseraient une relation plus saine avec l’alimentation. Ces lignes directrices font effectivement partie des thèmes que l’on aborde dans le contexte d’un suivi psychologique axé sur l’acquisition de comportements alimentaires plus sains et équilibrés. Encore une fois, ils peuvent à mon avis constituer pour plusieurs un bon point de départ.

Ce livre dont tant de personnes parlent consiste donc en un ouvrage de psychologie populaire mais avec des passages réellement utiles et à point. Pour plusieurs personnes souffrant d’un problème de comportement alimentaire, consulter en psychologie reste encore tabou, trop confrontant ou tout simplement une impossibilité financièrement. À défaut d’entreprendre une démarche thérapeutique formelle, la lecture du livre de Geneen Roth aura certainement l’effet de favoriser le début d’une réflexion.